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L'HOMME QUI RIT

II

ce qu’il fait

Il rejoignit l’inn Tadcaster.

Six heures et demie sonnaient, la demie passé six, comme disent les anglais. C’était un peu avant le crépuscule.

Maître Nicless était sur le pas de sa porte. Sa face consternée n’avait point réussi depuis le matin à se détendre, et l’effarement y était resté figé.

Du plus loin qu’il aperçut Ursus :

— Eh bien ? cria-t-il.
— Eh bien quoi ?
— Gwynplaine va-t-il revenir ? Il serait grand temps. Le public ne tardera pas à arriver. Aurons-nous ce soir la représentation de l’Homme qui Rit ?
— L’Homme qui Rit, c’est moi, dit Ursus.

Et il regarda le tavernier avec un ricanement éclatant.

Puis il monta droit au premier, ouvrit la fenêtre voisine de l’enseigne de l’inn, se pencha, allongea le poing, fit une pesée sur l’écriteau de Gwynplaine-l’Homme qui Rit, et sur le panneau affiche de Chaos vaincu, décloua l’un, arracha l’autre, mit ces deux planches sous son bras, et redescendit.

Maître Nicless le suivait des yeux.

— Pourquoi décrochez-vous ça ?

Ursus partit d’un second éclat de rire.

— Pourquoi riez-vous ? reprit l’hôtelier.
— Je rentre dans la vie privée.

Maître Nicless comprit, et donna ordre à son lieutenant, le boy Govicum, d’annoncer à quiconque se présenterait qu’il n’y aurait pas de représentation le soir. Il ôta de la porte la futaille-niche où se faisait la recette, et la rencogna dans un angle de la salle basse.

Un moment après, Ursus montait dans la Green-Box.

Il posa dans un coin les deux écriteaux, et pénétra dans ce qu’il appelait « le pavillon des femmes ».

Dea dormait.

Elle était sur son lit, tout habillée et son corps de jupe défait, comme dans les siestes.

Près d’elle, Vinos et Fibi, assises, l’une sur un escabeau, l’autre à terre, songeaient.