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LIVRE SEPTIÈME

la titane


I

réveil.

— Et Dea !

Il sembla à Gwynplaine, regardant poindre le jour à Corleone-lodge pendant ces aventures de l’inn Tadcaster, que ce cri venait du dehors ; ce cri était en lui.

Qui n’a entendu les profondes clameurs de l’âme ?

D’ailleurs le jour se levait.

L’aurore est une voix.

À quoi servirait le soleil si ce n’est à réveiller la sombre endormie, la conscience ?

La lumière et la vertu sont de même espèce.

Que le dieu s’appelle Christ ou qu’il s’appelle Amour, il y a toujours une heure où il est oublié, même par le meilleur ? nous avons tous, même les saints, besoin d’une voix qui nous fasse souvenir, et l’aube fait parler en nous l’avertisseur sublime. La conscience crie devant le devoir comme le coq chante devant le jour.

Le cœur humain, ce chaos, entend le Fiat lux.

Gwynplaine — nous continuerons à le nommer ainsi ; Clancharlie est un lord, Gwynplaine est un homme ; — Gwynplaine fut comme ressuscité.

Il était temps que l’artère fût liée.

Il y avait en lui une fuite d’honnêteté.

— Et Dea ! dit-il.

Et il sentit dans ses veines comme une transfusion généreuse. Quelque chose de salubre et de tumultueux se précipitait en lui. L’irruption violente des bonnes pensées, c’est un retour au logis de quelqu’un qui n’a pas sa clef, et qui force honnêtement son propre mur. Il y a escalade, mais du bien. Il y a effraction, mais du mal.

— Dea ! Dea ! Dea ! répéta-t-il.

Il s’affirmait à lui-même son propre cœur.