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L’HOMME QUI RIT

trône, les évêques et les barons, et dans lequel sont des magistrats à genoux, c’était l’ancien parlement de France sous les deux premières races. Même aspect de l’autorité en France et en Angleterre. Hincmar, dans le de ordinatione sacri palatii, décrit en 853 la chambre des lords en séance à Westminster au dix-huitième siècle. Sorte de bizarre procès-verbal fait neuf cents ans d’avance.

Qu’est l’histoire ? Un écho du passé dans l’avenir. Un reflet de l’avenir sur le passé.

L’assemblée du parlement n’était obligatoire que tous les sept ans.

Les lords délibéraient en secret, portes fermées. Les séances des communes étaient publiques. La popularité semblait diminution.

Le nombre des lords était illimité. Nommer des lords, c’était la menace de la royauté. Moyen de gouvernement.

Au commencement du dix-huitième siècle, la chambre des lords offrait déjà un très fort chiffre. Elle a grossi encore depuis. Délayer l’aristocratie est une politique. Élisabeth fit peut-être une faute en condensant la pairie dans soixante-cinq lords. La seigneurie moins nombreuse est plus intense. Dans les assemblées, plus il y a de membres, moins il y a de têtes. Jacques II l’avait senti en portant la chambre haute à cent-quatrevingt huit lords ; cent quatrevingt six, si l’on défalque de ces pairies les deux duchesses de l’alcôve royale, Portsmouth et Cleveland. Sous Anne, le total des lords, y compris les évêques, était de deux cent sept.

Sans compter le duc de Cumberland, mari de la reine, il y avait vingt-cinq ducs dont le premier, Norfolk, ne siégeait point, étant catholique, et dont le dernier, Cambridge, prince électoral de Hanovre, siégeait, quoique étranger. Winchester, qualifié premier et seul marquis d’Angleterre, comme Astorga seul marquis d’Espagne, étant absent, vu qu’il était jacobite, il y avait cinq marquis, dont le premier était Lindsey et le dernier Lothian ; soixante-dix-neuf comtes, dont le premier était Derby et le dernier Islay ; neuf vicomtes, dont le premier était Hereford et le dernier Lonsdale ; et soixante-deux barons, dont le premier était Abergaveny et le dernier Hervey. Lord Hervey, étant le dernier baron, était ce qu’on appelait « le puîné » de la chambre. Derby, qui, étant primé par Oxford, Shrewsbury et Kent, n’était que le troisième sous Jacques II, était devenu sous Anne le premier des comtes. Deux noms de chanceliers avaient disparu de la liste des barons, Verulam, sous lequel l’histoire retrouve Bacon, et Wem, sous lequel l’histoire retrouve Jeffrys. Bacon, Jeffrys, noms diversement sombres. En 1705, les vingt-six évêques n’étaient que vingt-cinq, le siège de Chester étant vacant. Parmi les évêques, quelques-uns étaient de très grands seigneurs ; ainsi William Talbot, évêque d’Oxford, chef de la branche protes-