Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome VIII.djvu/511

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
493
SERAIT BON FRÈRE S’IL N’ÉTAIT...

paroles. Soit. Vous n’êtes pas des lâches. Vous êtes des idiots. Vous vous êtes mis tous contre un. Ce n’est pas couardise. Bon. Alors c’est ineptie. On vous a parlé, vous n’avez pas compris. Ici, les vieux sont sourds de l’oreille, et les jeunes, de l’intelligence. Je suis assez un des vôtres pour vous dire vos vérités. Ce nouveau venu est étrange, et il a débité un tas de folies, j’en conviens, mais dans ces folies il y avait des choses vraies. C’était confus, indigeste, mal dit ; soit ; il a répété trop souvent savez-vous, savez-vous ; mais un homme qui était hier grimacier de la foire n’est pas forcé de parler comme Aristote et comme le docteur Gilbert Burnet, évêque de Sarum. La vermine, les lions, l’apostrophe au sous-clerc, tout cela était de mauvais goût. Parbleu ! qui vous dit le contraire ? C’était une harangue insensée et décousue et qui allait tout de travers, mais il en sortait çà et là des faits réels. C’est déjà beaucoup de parler comme cela quand on n’en fait pas son métier, je voudrais vous y voir, vous ! Ce qu’il a raconté des lépreux de Burton-Lazers est incontestable ; d’ailleurs il ne serait pas le premier qui aurait dit des sottises ; enfin, moi, mylords, je n’aime pas qu’on s’acharne plusieurs sur un seul, telle est mon humeur, et je demande à vos seigneuries la permission d’être offensé. Vous m’avez déplu, j’en suis fâché. Moi, je ne crois pas beaucoup en Dieu, mais ce qui m’y ferait croire, c’est quand il fait de bonnes actions, ce qui ne lui arrive pas tous les jours. Ainsi je lui sais gré, à ce bon Dieu, s’il existe, d’avoir tiré du fond de cette existence basse ce pair d’Angleterre, et d’avoir rendu son héritage à cet héritier, et, sans m’inquiéter si cela arrange ou non mes affaires, je trouve beau de voir subitement le cloporte se changer en aigle et Gwynplaine en Clancharlie. Mylords, je vous défends d’être d’un autre avis que moi. Je regrette que Lewis de Duras ne soit pas là. Je l’insulterais avec plaisir. Mylords, Fermain Clancharlie a été le lord, et vous avez été les saltimbanques. Quant à son rire, ce n’est pas sa faute. Vous avez ri de ce rire. On ne rit pas d’un malheur. Vous êtes des niais. Et des niais cruels. Si vous croyez qu’on ne peut pas rire de vous aussi, vous vous trompez ; vous êtes laids, et vous vous habillez mal. Mylord Haversham, j’ai vu l’autre jour ta maîtresse, elle est hideuse. Duchesse, mais guenon. Messieurs les rieurs, je répète que je voudrais bien vous voir essayer de dire quatre mots de suite. Beaucoup d’hommes jasent, très peu parlent. Vous vous imaginez savoir quelque chose parce que vous avez traîné vos grègues fainéantes à Oxford ou à Cambridge, et parce que, avant d’être pairs d’Angleterre sur les bancs de Westminster-Hall, vous avez été ânes sur les bancs du collège de Gonewill et de Caïus ! Moi, je suis ici, et je tiens à vous regarder en face. Vous venez d’être impudents avec ce nouveau lord. Un monstre, soit. Mais livré aux bêtes. J’aimerais mieux être lui que vous. J’assistais à la séance, à ma place,