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RELIQUAT

de
L’HOMME QUI RIT


Victor Hugo a laisse un grand nombre de notes et de fragments. Tout ce travail préliminaire nous permet de suivre l’évolution de sa pensée, de surprendre ses intentions premières, de découvrir les raisons qui l’ont amené à modifier le cours des aventures ou à transformer sur certains points le caractère de ses personnages.

C’est le travail de premier jet pour tout le livre, depuis la préface jusqu’à la conclusion, ce sont des indications rapides : morceaux de dialogue, observations philosophiques, considérations politiques, descriptions de sites.

Il semble que son premier souci soit de fixer d’abord ses personnages : et quand il a créé l’image, il la retouche, il la complète, il la perfectionne ; quelquefois même il la modifie absolument en sens inverse ; il garde alors dans ses notes le portrait primitif et nous présente un héros tout différent.

Il ne s’attache pas seulement aux acteurs dont il fouille la physionomie, il se passionne pour le drame lui-même. Son imagination fait naître les péripéties, les coups de théâtre. De là des ébauches de plans, des esquisses d’aventures, des incidents qui disparaîtront dans le livre.

Sa verve, sa fécondité l’entraînent parfois plus loin qu’il ne le voudrait ; les pages s’amoncellent, morceaux d’une rare puissance et d’une émouvante grandeur, mais qu’il juge sans doute trop étrangers à l’action ; il se résigne donc à des sacrifices et prive son roman de toutes ces étonnantes créations de son génie.

Nous reproduisons ces notes et ces fragments qui nous présentent l’Homme qui Rit sous un jour nouveau et parfois inattendu, et nous divisons ce reliquat en trois parties : Ébauches de préface ; notes ; fragments.


I

ÉBAUCHES DE PRÉFACE.

Ce sont là des documents précieux. Observons tout d’abord que quelques-uns de ces projets sont datés de 1868, en mai et juillet. Environ un an avant que l’œuvre parût, Victor Hugo se préoccupait déjà de la présenter aux lecteurs ; on assiste à ses tâtonnements, à ses incertitudes. Les notes se multiplient, les idées jaillissent, tantôt se répétant sous diverses formes, tantôt s’élargissant. Il semble qu’après avoir voulu seulement affirmer l’âme et faire passer l’idée philosophique au premier plan, il cherche ensuite à agrandir le cadre de sa préface.

Sans doute la conception spiritualiste domine l’œuvre tout entière, sans doute Victor Hugo la proclame d’autant mieux qu’elle a été méconnue dans ses publi-