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ÉBAUCHES DE PRÉFACE

Dieu et l’âme sont un fait identique, on peut même dire concentrique.

Le scalpel fouille à sa manière, le rayon fouille à sa manière ; ne leur demandez pas de trouver la même chose. Le rayon trouve l’âme. Lux vocat lucem.

Chose qui semble contradictoire et qui est évidente, tous les deux ont raison. Le matérialiste ne dit pas qu’il n’y a que la matière et le spiritualiste ne dit pas qu’il n’y a que l’esprit. Chacun affirme ce qu’il voit. Qu]en savent-ils ?

Dans les époques sceptiques, affirmer l’âme c’est affirmer la conscience, la volonté et la liberté ; la conscience qui est notre prunelle, la volonté qui est notre bras, la liberté qui est notre aile.


22 mai 1868.

Si l’on demande à l’auteur de ce livre pourquoi il a écrit l’Homme qui Rit, il répondra que, philosophe, il a voulu affirmer l’âme et la conscience, qu’historien, il a voulu révéler des faits monarchiques peu connus et renseigner la démocratie, et que, poëte, il a voulu faire un drame.


Dans l’intention de l’auteur, ce livre est un drame. Le Drame de l’Âme. D’une part ce monstre, la matière, la chair, la lange, l’écume, le dénuement, la faim, la soif, l’opulence, la puissance, la force, l’infirmité, la mutilation, l’esclavage, l’affront, la chaîne, le supplice, la souffrance, la jouissance, la pesanteur, la gravitation, l’évolution sociale et humaine ; de l’autre ce lutteur, l’Esprit.

Ce livre est aussi une histoire. Le poëte dramatique sans l’historien et sans le philosophe n’existe pas.

Ce livre, envisagé à un certain point de vue, beaucoup plus restreint il est vrai que le premier ci-dessus, pourrait être intitulé : l’Angleterre après sa révolution et avant la nôtre.


L’histoire ne peut tout dire. À peine d’encombrement, il faut qu’elle choisisse.

Le roman fait ce qu’elle ne fait pas. Par un côté le roman est drame, par l’autre histoire. Il complète le récit par la peinture, et la narration par la vie. Quant à nous, il nous semble au moins aussi utile de raconter les mœurs que de raconter les événements.


H.-H., 31 mai 1868.

Il n’y a pas d’autre lecteur que le lecteur pensif.

Celui-là comprendra pourquoi l’auteur de l’Homme qui Rit a cru utile de publier ce livre, où est peinte l’ancienne Angleterre, avant le livre où sera peinte l’ancienne France, qui aura pour conclusion la Révolution et qui sera intitulé : Quatrevingt-treize.

L’Angleterre après 1688, la France avant 1789, tels sont les deux pôles de l’immense fait européen qui a produit la Révolution, française encore aujourd’hui, avant peu universelle.