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RÉPONSE DE M. VICTOR HUGO

DIRECTEUR DE L’ACADÉMIE FRANÇAISE

AU DISCOURS DE M. SAINT-MARC GIRARDIN

16 janvier 1845.


Monsieur,

Votre pensée a devancé la mienne. Au moment où j’élève la voix dans cette enceinte pour vous répondre, je ne puis maîtriser une profonde et douloureuse émotion. Vous la comprenez, monsieur ; vous comprenez que mon premier mouvement ne saurait se porter d’abord vers vous, ni même vers le confrère honorable et regretté auquel vous succédez. En cet instant où je parle au nom de l’académie entière, comment pourrais-je voir une place vide dans ses rangs sans songer à l’homme éminent et rare qui devrait y être assis, à cet intègre serviteur de la patrie et des lettres, épuisé par ses travaux mêmes, hier en butte à tant de haines, aujourd’hui entouré de cette respectueuse et universelle sympathie, qui n’a qu’un tort, c’est de toujours attendre, pour se déclarer en faveur des hommes illustres, l’heure suprême du malheur ? Laissez-moi, monsieur, vous parler de lui un moment. Ce qu’il est dans l’estime de tous, ce qu’il est dans cette académie, vous le savez, le maître de la critique moderne, l’écrivain élevé, éloquent, gracieux et sévère, le juste et sage esprit dévoué à la ferme et droite raison, le confrère affectueux, l’ami fidèle et sûr ; et il m’est impossible de le sentir absent d’auprès de moi aujourd’hui sans un inexprimable serrement de cœur. Cette absence,