Page:Hugo - Actes et paroles - volume 1.djvu/77

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mais comme il faut aimer les champs, pour eux-mêmes, plutôt pour les fleurs qu’il y trouvait que pour les vers qu’il y faisait, plutôt en bonhomme qu’en académicien, plutôt comme La Fontaine que comme Delille. Rien ne dépassait l’excellence de son esprit, si ce n’est l’excellence de son cœur. Il avait le goût de l’admiration ; il recherchait les grandes amitiés littéraires, et s’y plaisait. Le ciel ne lui avait pas donné sans doute la splendeur du génie, mais il lui avait donné ce qui l’accompagne presque toujours, ce qui en tient lieu quelquefois, la dignité de l’âme. M. Campenon était sans envie devant les grandes intelligences comme sans ambition devant les grandes destinées. Il était, chose admirable et rare, du petit nombre de ces hommes du second rang qui aiment les hommes du premier.

Je le répète, son caractère une fois connu, on connaît son talent, et en cela il participait de ce noble privilège de révélation de soi-même qui semble n’appartenir qu’au génie. Chacune de ses œuvres est comme une production nécessaire, dont on retrouve la racine dans quelque coin de son cœur. Son amour pour la famille engendre ce doux et touchant poëme de l’Enfant prodigue ; son goût pour la campagne fait naître la Maison des champs, cette gracieuse idylle ; son culte pour les esprits éminents détermine les Études sur Ducis, livre curieux et intéressant au plus haut degré, par tout ce qu’il fait voir et par tout ce qu’il laisse entrevoir ; portrait fidèle et soigneux d’une figure isolée, peinture involontaire de toute une époque.

Vous le voyez, le lettré reflétant l’homme, le talent, miroir de l’âme, le cœur toujours étroitement mêlé à l’imagination, tel fut M. Campenon. Il aima, il songea, il écrivit. Il fut rêveur dans sa jeunesse, il devint pensif dans ses vieux jours. Maintenant, à ceux qui nous demanderaient s’il fut grand et s’il fut illustre, nous répondrons : il fut bon et il fut heureux !

Un des caractères du talent de M. Campenon, c’est la présence de la femme dans toutes ses œuvres. En 1810, il écrivait dans une lettre à M. Legouvé, auteur du Mérite des femmes, ces paroles remarquables : — « Quand donc les gens de lettres comprendront-ils le parti qu’ils pourraient