Page:Hugo - Actes et paroles - volume 7.djvu/130

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    Esmeralda, si belle en sa parure folle
    Que les anges du ciel la regardent marcher,
    Domptant les noirs truands par sa douce parole
    Et dévorant des yeux Phoebus, le bel archer ;

    Esmeralda, rayon, chant, vision, chimère !
    Jeune fille sur qui la lumière tombait,
    Et qu’un bourreau vient prendre aux baisers de sa mère
    Pour l’unir, éperdue, avec l’affreux gibet !

    Le prêtre méditant son infâme caresse,
    Et le pauvre Jehan brisé comme un fruit mûr ;
    Quasimodo tout plein de rage et de tendresse,
    Masse difforme ayant en elle de l’azur ;

    Et les cloches d’airain chantant dans les tourelles,
    Pleurant, hurlant, tonnant, gémissant dans les tours
    D’où s’enfuit à l’aurore un vol de tourterelles,
    Et disant tes ardeurs, tes labeurs, tes amours ;

    Tu ne te lassais pas de ce drame qui t’aime,
    Et qui semble un miroir magique où tu te vois,
    O peuple ! car Hugo le songeur, c’est toi-même,
    Et ton espoir immense a passé dans sa voix.

    C’est lui qui te console et c’est lui qui t’enseigne.
    Sans le lasser, le temps a blanchi ses cheveux.
    Peuple ! on n’a jamais pu te blesser sans qu’il saigne.
    Et quand ton pain devient amer, il dit : J’en veux !

    Lui ! le chanteur divin béni par les érables
    Et les chênes touffus dans la noire forêt,
    Il dit : « Laissez venir à moi les misérables ! »
    Et son front calme et doux comme un lys apparaît.

    Il vient coller sa lèvre a toute âme tuée ;
    Il vient, plein de pitié, de ferveur et d’émoi,
    Relever le laquais et la prostituée,
    Et dire au mendiant : « Mon frère, embrasse-moi. »

    O Job mourant, sa bouche a baisé ton ulcère !
    Et cependant un jour, parmi les deuils amers,
    L’exil, le noir exil l’emporta dans sa serre
    Et le laissa, pensif, au bord des sombres mers.
    Il méditait, privé de la douce patrie ;
    Et, lui que cette France avait vu triomphant,
    Il ne pouvait plus même, en son idolâtrie,
    S’agenouiller dans l’herbe où dormait son enfant !