Page:Hugo - Actes et paroles - volume 7.djvu/156

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occupés par les personnes admises sur lettres d’invitation. Mais alors on a ouvert les portes aux premiers arrivants d’une foule énorme qui se pressait sur la place, et cet admirable public populaire, vivant, bruyant et chaud, s’est entassé, non sans rumeur et sans clameur, sur les banquettes des places d’en haut.

Quand le calme s’est un peu rétabli, le maire-sénateur a résumé, dans une courte allocution, ce qui venait de se dire et de se faire devant la maison de la place du Capitole.

Il a ensuite donné la parole à M. Rambaud.

Ainsi que M. Rambaud l’a rappelé lui-même, il ne parlait pas seulement comme délégué du ministre de l’instruction publique, il parlait aussi comme enfant de Besançon, car il a l’honneur d’être le compatriote de Victor Hugo.

Il a pu ainsi donner à son éloquent discours une allure plus libre et moins officielle. Il a esquissé à larges traits la vie du grand poëte et du grand combattant. Puis, il a parlé de son œuvre si multiple et si puissante. Il a dit les luttes du commencement, la bataille d’ Hernani, les résistances, les haines, puis la conquête progressive des esprits et des pensées, l’influence chaque jour grandissante, et enfin le triomphe éclatant et l’acclamation universelle. Il a raconté aussi les combats intérieurs et les progrès du penseur et de l’homme politique, son exil, son duel de dix-huit ans avec l’empire et, là aussi, sa victoire, qui est la victoire de la république et de la libre pensée.

Il a terminé ainsi :

«…Le génie lyrique de Victor Hugo n’entend pas vivre hors de ce temps et de ce pays ; il s’inspire des sentiments et des passions de l’homme moderne ; il a chanté la Révolution, la république, la démocratie, et, depuis l’ Ode à la Colonne jusqu’à l’ Année terrible, rien de ce qui a fait battre les cœurs français ne lui est resté étranger.

On peut dire qu’il n’est pas un sentiment humain, français, qu’il n’ait exprimé ; et qu’en revanche il n’est pas un de nous qui n’ait dans l’esprit et dans le cœur quelque empreinte de Victor Hugo, qui, sous le coup de quelque émotion, de quelque enthousiasme, de quelque sentiment triste ou joyeux, ne trouve cette émotion ou ce sentiment déjà formulé en lui avec la frappe que lui a donnée Victor Hugo.

De là cette action prodigieuse qu’il a exercée sur ses contemporains,