Page:Hugo - La Fin de Satan, 1886.djvu/23

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VII

Il vola dix mille ans.

                     Pendant dix mille années,
Tendant son cou livide et ses mains forcenées,
Il vola sans trouver un faîte où se poser.
L’astre parfois semblait s’éteindre et s’éclipser,
Et l’horreur du tombeau faisait frissonner l’ange ;
Puis une clarté pâle, obscure, vague, étrange,
Reparaissait; et lui, joyeux, disait : Allons.
Autour de lui planaient les oiseaux aquilons.
Il volait. L’infini sans cesse recommence.
Son vol dans cette mer faisait un cercle immense.
La nuit regardait fuir ses horribles talons.
Comme un nuage sent tomber ses tourbillons,
Il sentait s’écrouler ses forces dans le gouffre.
L’hiver murmurait : tremble ! et l’ombre disait : souffre !

Enfin il aperçut au loin un noir sommet
Que dans l’ombre un reflet formidable enflammait.
Satan, comme un nageur fait un effort suprême,
Tendit son aile onglée et chauve, et, spectre blême,
Haletant, brisé, las et de sueur fumant,
Il s’abattit au bord de l’âpre escarpement.