Page:Hugo - La Fin de Satan, 1886.djvu/85

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Est-ce le char où sont les orages grondants ?
Est-ce un tombeau qui monte avec l’âme dedans ? —
Pharan, Nachor, Sephar, solitudes maudites,
Les colosses gardiens des cryptes troglodytes,
Les faucons de la mer, les mouettes, les plongeons,
L’homme du bord des eaux dans sa hutte de joncs,
Chalanné, devant qui Thèbes semblait petite,
Gomorrhe, fiancée au noir lac asphaltite,
Sardes, Ninive, Tyr, maintenant sombre amas,
Hoba, ville qu’on voit à gauche de Damas,
Edom sous le figuier, Saba sous le lentisque,
Avaient peur ; Ur tremblait ; et les joueurs de disque
S’interrompaient, levant la tête et regardant ;
Les chameaux, dont le cou dort sur le sable ardent,
Ouvraient l’œil ; le lézard se dressait sous le lierre,
Et la ruche disait : vois ! à la fourmilière.
Le nuage hésitait et rentrait son éclair ;
La cigogne lâchait la couleuvre dans l’air ;
Et la machine ailée en l’azur solitaire
Fuyait, et pour la voir vint de dessous la terre
Un oiseau qu’aujourd’hui nous nommons le condor.
Et la mer d’Ionie, aux grandes îles d’or,
Ce gouffre bleu d’où sort l’odeur des violettes,
Frissonnait ; dans les champs de meurtre, les squelettes
Se parlaient ; le sépulcre au fronton nubien,
Le chêne qui salue et dit à Dieu : c’est bien !
Et l’antre où les lions songent près des prophètes,
Tremblaient de voir courir cette ombre sur leurs têtes
Et regardaient passer cet étrange astre noir.
Et Babel s’étonnait.