Page:Hugo - Les Misérables Tome III (1890).djvu/401

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


M. Leblanc en jetant les yeux sur le bizarre accoutrement de la Jondrette, qui, debout entre lui et la porte, comme si elle gardait déjà l’issue, le considérait dans une posture de menace et presque de combat.

— Elle est mourante, dit Jondrette. Mais que voulez vous, monsieur ? elle a tant de courage, cette femme-là ! Ce n’est pas une femme, c’est un bœuf.

La Jondrette, touchée du compliment, se récria avec une minauderie de monstre flatté :

— Tu es toujours trop bon pour moi, monsieur Jondrette !

— Jondrette, dit M. Leblanc, je croyais que vous vous appeliez Fabantou ?

— Fabantou, dit Jondrette ! reprit vivement le mari. Sobriquet d’artiste !

Et, jetant à sa femme un haussement d’épaules que M. Leblanc ne vit pas, il poursuivit avec une inflexion de voix emphatique et caressante :

— Ah ! c’est que nous avons toujours fait bon ménage, cette pauvre chérie et moi ! Qu’est-ce qu’il nous resterait, si nous n’avions pas cela ? Nous sommes si malheureux, mon respectable monsieur ! On a des bras, pas de travail ! On a du cœur, pas d’ouvrage ! Je ne sais pas comment le gouvernement arrange cela, mais, ma parole d’honneur, monsieur, je ne suis pas jacobin, monsieur, je ne suis pas bousingot, je ne lui veux pas de mal, mais si j’étais les ministres, ma parole la plus sacrée, cela irait autrement. Tenez, exemple, j’ai voulu faire apprendre le métier du cartonnage à mes filles. Vous me direz : Quoi ! un métier ? Oui ! un métier ! un