Page:Hugo - Les Misérables Tome II (1890).djvu/9

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sévère dominait cette porte ; un mur perpendiculaire à la façade venait presque toucher la porte et la flanquait d’un brusque angle droit. Sur le pré devant la porte gisaient trois herses à travers lesquelles poussaient pêle-mêle toutes les fleurs de mai. La porte était fermée. Elle avait pour clôture deux battants décrépits ornés d’un vieux marteau rouillé.

Le soleil était charmant ; les branches avaient ce doux frémissement de mai qui semble venir des nids plus encore que du vent. Un brave petit oiseau, probablement amoureux, vocalisait éperdument dans un grand arbre.

Le passant se courba et considéra dans la pierre à gauche, au bas du pied-droit de la porte, une assez large excavation circulaire ressemblant à l’alvéole d’une sphère. En ce moment les battants s’écartèrent et une paysanne sortit.

Elle vit le passant et aperçut ce qu’il regardait.

— C’est un boulet français qui a fait ça, lui dit-elle. Et elle ajouta :

— Ce que vous voyez là, plus haut, dans la porte, près d’un clou, c’est le trou d’un gros biscaïen. Le biscaïen n’a pas traversé le bois.

— Comment s’appelle cet endroit-ci ? demanda le passant.

— Hougomont, dit la paysanne.

Le passant se redressa. Il fit quelques pas et s’en alla regarder au-dessus des haies. Il aperçut à l’horizon à travers les arbres une espèce de monticule et sur ce monticule quelque chose qui, de loin, ressemblait à un lion.

Il était dans le champ de bataille de Waterloo.