Page:Hugo - Les Misérables Tome IV (1890).djvu/257

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à l’autre extrémité de la place, et que ce qui se passait près de l’éléphant ne pouvait être ni aperçu, ni entendu par la sentinelle.

Vers la fin de cette heure qui précède immédiatement le point du jour, un homme déboucha de la rue Saint-Antoine en courant, traversa la place, tourna le grand enclos de la colonne de juillet, et se glissa entre les palissades jusque sous le ventre de l’éléphant. Si une lumière quelconque eût éclairé cet homme, à la manière profonde dont il était mouillé, on eût deviné qu’il avait passé la nuit sous la pluie. Arrivé sous l’éléphant, il fit entendre un cri bizarre qui n’appartient à aucune langue humaine et qu’une perruche seule pourrait reproduire. Il répéta deux fois ce cri dont l’orthographe que voici donne à peine quelque idée :

— Kirikikiou !

Au second cri, une voix claire, gaie et jeune, répondit du ventre de l’éléphant :

— Oui.

Presque immédiatement, la planche qui fermait le trou se dérangea et donna passage à un enfant qui descendit le long du pied de l’éléphant et vint lestement tomber près de l’homme. C’était Gavroche. L’homme était Montparnasse.

Quant à ce cri, kirikikiou, c’était là sans doute ce que l’enfant voulait dire par : Tu demanderas monsieur Gavroche.

En l’entendant, il s’était réveillé en sursaut, avait rampé hors de son « alcôve », en écartant un peu le grillage qu’il avait ensuite refermé soigneusement, puis il avait ouvert la trappe et était descendu.