Page:Hugo - Les Misérables Tome I (1890).djvu/267

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
263
En l’année 1817.

Fameuil interrompit de nouveau :

— Tholomyès, tes opinions font loi. Quel est ton auteur favori ?

— Ber…

— Quin ?

— Non. Choux.

Et Tholomyès poursuivit :

— Honneur à Bombarda ! il égalerait Munophis d’Éléphanta s’il pouvait me cueillir une almée, et Thygélion de Chéronée s’il pouvait m’apporter une hétaïre ; car, ô mesdames, il y avait des Bombarda en Grèce et en Égypte. C’est Apulée qui nous l’apprend. Hélas ! toujours les mêmes choses et rien de nouveau. Plus rien d’inédit dans la création du créateur ! Nil sub sole novum, dit Salomon ; amor omnibus idem, dit Virgile ; et Carabine monte avec Carabin dans la galiote de Saint-Cloud, comme Aspasie s’embarquait avec Périclès sur la flotte de Samos. Un dernier mot. Savez-vous ce que c’était qu’Aspasie, mesdames ? Quoiqu’elle vécût dans un temps où les femmes n’avaient pas encore d’âme, c’était une âme ; une âme d’une nuance rose et pourpre, plus embrasée que le feu, plus fraîche que l’aurore. Aspasie était une créature en qui se touchaient les deux extrêmes de la femme ; c’était la prostituée déesse. Socrate, plus Manon Lescaut. Aspasie fut créée pour le cas où il faudrait une catin à Prométhée.

Tholomyès, lancé, se serait difficilement arrêté, si un cheval ne se fût abattu sur le quai en cet instant-là même. Du choc, la charrette et l’orateur restèrent court. C’était une jument beauceronne, vieille et maigre et digne de