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III

SAINE, MAIS NON SAUVE


Gilliatt ne s’attendait pas à ne trouver qu’une moitié du bâtiment. Rien dans les indications, pourtant si précises, du patron du Shealtiel, ne faisait pressentir cette coupure du navire par le milieu. C’était probablement à l’instant où s’était faite cette coupure sous les épaisseurs aveuglantes de l’écume qu’avait eu lieu ce « craquement diabolique » entendu par le patron du Shealtiel. Ce patron s’était sans doute éloigné au moment du dernier coup de vent, et ce qu’il avait pris pour un paquet de mer était une trombe. Plus tard, en se rapprochant pour observer l’échouement, il n’avait pu voir que la partie antérieure de l’épave, le reste, c’est-à-dire la large cassure qui avait séparé l’avant de l’arrière, lui étant caché par l’étranglement de l’écueil.

À cela près, le patron du Shealtiel n’avait rien dit que d’exact. La coque était perdue, la machine était intacte.

Ces hasards sont fréquents dans les naufrages comme dans les incendies. La logique du désastre nous échappe.