Page:Hugo - Ruy Blas, édition 1839.djvu/222

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Don Salluste se précipite vers la porte. Ruy Blas la lui barre.

— Oh ! n’allez point par là, ce n’en est pas la peine,
J’ai poussé le verrou depuis longtemps déjà. —
Marquis, jusqu’à ce jour Satan te protégea,
Mais s’il veut t’arracher de mes mains, qu’il se montre !
— À mon tour ! — On écrase un serpent qu’on rencontre.
— Personne n’entrera, ni tes gens, ni l’enfer !
Je te tiens écumant sous mon talon de fer !
— Cet homme vous parlait insolemment, madame ?
Je vais vous expliquer. Cet homme n’a point d’âme,
C’est un monstre. En riant hier il m’étouffait.
Il m’a broyé le cœur à plaisir. Il m’a fait
Fermer une fenêtre, et j’étais au martyre !
Je priais ! je pleurais ! je ne peux pas vous dire.

Au marquis.

Vous contiez vos griefs dans ces derniers moments.
Je ne répondrai pas à vos raisonnements,
Et d’ailleurs — je n’ai pas compris. — Ah ! misérable !
Vous osez, — votre reine ! une femme adorable !
Vous osez l’outrager quand je suis là ! — Tenez,
Pour un homme d’esprit, vraiment, vous m’étonnez !
Et vous vous figurez que je vous verrai faire
Sans rien dire ! — Écoutez, quelle que soit sa sphère,
Monseigneur, lorsqu’un traître, un fourbe tortueux,
Commet de certains faits rares et monstrueux,
Noble ou manant, tout homme a droit, sur son passage,
De venir lui cracher sa sentence au visage,
Et de prendre une épée, une hache, un couteau !… —
Pardieu ! j’étais laquais ! quand je serais bourreau ?