Page:Hugo Hernani 1889.djvu/57

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
49
ACTE II — LE BANDIT.

Il ne peut être rien entre nous, don Carlos.
Mon vieux père a pour vous versé son sang à flots.
Moi, je suis fille noble, et, de ce sang jalouse.
Trop pour la favorite et trop peu pour l’épouse !

don carlos.

Princesse ?

doña sol.

Roi Carlos, à des filles de rien
Portez votre amourette, ou je pourrais fort bien,
Si vous m'osez traiter d'une façon infâme,
Vous montrer que je suis dame, et que je suis femme !

don carlos.

Hé bien, partagez donc et mon trône et mon nom.
Venez. — Vous serez reine, impératrice...

doña sol.

Non.
C’est un piège. Et d’ailleurs, altesse, avec franchise,
S’agit-il pas de vous? S’il faut que je le dise,
J’aime mieux avec lui, mon Hernani, mon roi,
Vivre errante, en dehors du monde et de la loi,
Ayant faim, ayant soif, fuyant toute l’année,
Partageant jour à jour sa pauvre destinée,
Abandon, guerre, exil, deuil, misère et terreur,
Que d’être impératrice avec un empereur.

don carlos.

Que cet homme est heureux !

doña sol.
Quoi ! Pauvre, proscrit même !...
don carlos.

Qu’il fait bien d’être pauvre et proscrit, puisqu’on l’aime !