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ACTE III — LE VIEILLARD.

Le tien. Tu peux le voir et dire : ce jeune homme !
Et puis, penser à moi qui suis vieux. — Je le sais !
Pourtant, j’ai nom Silva, mais ce n’est plus assez.
Oui, je me dis cela. Vois à quel point je t’aime !
Le tout, pour être jeune et beau comme toi-même !
Mais à quoi vais-je ici rêver ? Moi, jeune et beau !
Qui te dois de si loin devancer au tombeau !

doña sol.

Qui sait ?

don ruy gomez.

Mais, va, crois-moi, ces cavaliers frivoles
N’ont pas d’amour si grand qu’il ne s’use en paroles.
Qu’une fille aime et croie un de ces jouvenceaux,
Elle en meurt ; il en rit. Tous ces jeunes oiseaux,
À l’aile vive et peinte, au langoureux ramage,
Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage.
Les vieux, dont l’âge éteint la voix et les couleurs,
Ont l’aile plus fidèle, et, moins beaux, sont meilleurs.
Nous aimons bien. Nos pas sont lourds ? Nos yeux arides ?
Nos fronts ridés ? Au cœur on n’a jamais de rides.
Hélas ! Quand un vieillard aime, il faut l’épargner ;
Le cœur est toujours jeune et peut toujours saigner.
Ah ! Je t’aime en époux, en père ! Et puis encore
De cent autres façons, comme on aime l’aurore,
Comme on aime les fleurs, comme on aime les cieux !
De te voir tous les jours, toi, ton pas gracieux,
Ton front pur, le beau feu de ta douce prunelle,
Je ris, et j’ai dans l’âme une fête éternelle !


Doña Sol.

Hélas !