Page:Hugo Rhin Hetzel tome 1.djvu/193

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large trou par lequel tous les barbiers tombèrent, un peu gâtés et meurtris, dans les broussailles en poussant d’effroyables cris. Le géant crut avoir sur son dos un nid de diables, et se sauva à toutes jambes. Le lendemain, quand l’empereur passa à Bacharach, il n’y avait plus un barbier dans le pays ; et, comme Belzébuth y arrivait de son côté, un corbeau railleur perché sur la porte de la ville dit au sire diable : — Mon ami, tu as au milieu du visage une chose très grosse que tu ne pourrais voir dans la meilleure glace, c’est-à-dire un pied de nez. — Depuis cette époque il n’y a plus de barbiers à Bacharach. Le fait certain, c’est qu’aujourd’hui même il est impossible d’y trouver un frater tenant boutique. Quant aux barbiers escamotés par la fée, ils s’établirent à l’endroit même où ils étaient tombés, et y bâtirent un village qu’on nomma le village des Barbiers. C’est ainsi que l’empereur Frédéric Ier dit Barberousse, conserva sa barbe et son surnom.

Outre la Souris et le Chat, le Lurley, la Vallée-Suisse et le Reichenberg, il y a encore près de Saint-Goar le Rheinfels, dont je vous ai dit un mot tout à l’heure.

Toute une montagne évidée à l’intérieur avec des crêtes de ruines sur sa tête ; deux ou trois étages d’appartements et de corridors souterrains qui paraissent avoir été creusés par des taupes colossales ; d’immenses décombres ; des salles démesurées dont l’ogive a cinquante pieds d’ouverture ; sept cachots avec leurs oubliettes pleines d’une eau croupie qui résonne, plate et morte, au choc d’une pierre ; le bruit des moulins à eau dans la petite vallée derrière le château, et, par les crevasses de la façade, le Rhin avec quelque bateau à vapeur qui, vu de cette hauteur, semble un gros poisson vert aux yeux jaunes cheminant à fleur d’eau et dressé à porter sur son dos des hommes et des voitures ; un palais féodal des landgraves de Hesse changé en énorme masure ; des embrasures de canons et de catapultes qui ressemblent à ces loges de bêtes fauves des vieux cirques romains, où l’herbe pousse ; par endroits, à demi engagée dans l’antique mur éventré, une vis de Saint-Gilles ruinée et comblée dont l’hélice fruste a l’air d’un monstrueux coquillage antédiluvien ; les ardoises et les basaltes non taillés qui donnent aux ar-