Page:Huret - Enquête sur l’évolution littéraire, 1891.djvu/28

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M. ANATOLE FRANCE

Quand, avec une bonne grâce charmante, le maître critique se fut livré à mon indiscrétion, je lui demandai :

— 1o Le naturalisme est-il malade ?

— Il me paraît de toute évidence qu’il est mort, me répondit-il. Je le constate sans une joie démesurée, mais aussi sans l’ombre d’un regret. On m’a souvent prêté à tort une antipathie de parti-pris contre le réalisme. Je reconnais, au contraire, que Flaubert et les Goncourt ont inauguré magistralement ce procédé de littérature méthodique et que Zola, avec l’Assommoir et Germinal, a fortement continué l’œuvre commencée. Mais il était aisé de prévoir l’inévitable réaction. Quand on les eut lus, et que l’on se fut dit : « Tout cela est vrai, très vrai, mais aussi c’est triste, et cela ne nous apprend rien que nous ne sachions… », on aspira à autre chose. Sans compter qu’il arriva quelquefois que cette prétendue vérité devint du parfait mensonge, et du mensonge peu estimable. La Terre, par exemple, n’est pas tant l’œuvre d’un réaliste exact que d’un idéaliste perverti. Ne voir dans les paysans que des bêtes en rut, c’est tout aussi enfantin, aussi faux et aussi maladif, que