Page:Huret - Enquête sur l’évolution littéraire, 1891.djvu/352

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La rime ! ajouta ensuite mon interlocuteur aec un sourire d’adoration, la rime ! Mais ça n’est une entrave à rien ! Le vers, sans elle, a l’air d’un long jet d’eau horizontal qui s’en irait tout droit, banalement, bêtement ; mais si, en route, il rencontre une feuille, n’importe quoi, il éclate, s’épanouit en une gerbe éblouissante, s’irise ! Oui, si la rime est une entrave, voilà à quoi elle sert !



M. LAURENT TAILHADE


Je connaissais M. Laurent Tailhade pour un poète d’un talent rare et ultra-personnel, et j’avais le dessein de faire figurer son opinion parmi celles des poètes symbolistes, avec lesquels il avait, dès 1884, et derrière les précurseurs Mallarmé et Verlaine, posé les bases de l’école alors dite décadente. Dans le temps, quand Moréas parlait de leurs débuts, il disait : Tailhade, Vignier et moi ; Vignier, à son tour, répondait : Tailhade, Moréas et moi. Laurent Tailhade apparaît donc bien comme l’un des initiateurs du mouvement actuellement dénommé symbolisme, et son opinion importait à connaître.

Il faut dire, pour les lecteurs qui l’ignorent, que M. Tailhade joint à sa brillante réputation de poète celle d’un railleur féroce, se complaisant parfois à des