Page:Huret - Enquête sur l’évolution littéraire, 1891.djvu/354

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vation quotidienne de la vie sur le trottoir ; lorsqu’on a eu noté tous les propos des blanchisseuses et des égoutiers, on s’est demandé si l’âme humaine ne chantait pas en d’autres lyres. Comme la fréquentation des gens qui se servent de brosses à dents et à qui l’usag-e des bains est familier répugne aux romanciers expérimentaux, ils ont dû s’adresser à d’autres couches sociales rudimentaires. M. Daudet ayant casé son fils et s’étant assuré l’héritage des Goncourt[1], M. Zola postulant l’Académie, les jeunes disciples de ces maîtres inventèrent le roman slave et le drame norvégien, sans compter le parler belge qui est le fond même de leur quiddité littéraire. Ils ont mangé de la soupe aux choux fermentes, avec les paysans de Tolstoï, découvert, avec M. Hugues Leroux, les jongleuses foraines, — ces sœurs d’Yvette Guilbert — et surtout créé, avec Méténier, les rapports de police accommodés en langue verte.

— Quels vont être leurs successeurs ?

— Il me paraît que l’évolution sera partagée nettement entre deux catégories, c’est-à-dire ; les jeunes hommes n’ayant aucune fortune ni de métier avouable dans la main, se destinent à un riche mariage, ce sont les psychologues ; puis ceuxà qui suffit l’approbation des brasseries esthétiques et d’intermittentes gazettes ; ce sont les symbolo-décadents-instrumento-

  1. Voir à l’appendice la lettre de M. de Goncourt.