Page:Huret - Enquête sur l’évolution littéraire, 1891.djvu/360

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



M. EDMOND HARAUCOURT


— Normal ? D’abord, tout ce qui arrive est normal, car ce qui ne le serait pas n’arriverait point. Cette tentative que vous appelez « symbolisme » est normale deux fois : parce qu’elle résulte de ce qui l’a précédée, permise, engendrée ; et puis, elle est normale comme l’ingratitude.

Car, en vérité, la seule tendance commune que l’on puisse remarquer dans ces différents groupes de théoriciens, c’est un besoin d’effacer avec mépris le nom de ceux qui vinrent naguère, et qui dressant leur œuvre, permirent aux derniers venus d’en profiter pour essayer la leur. Il ne suffit pourtant pas de nier pour supprimer. On aura beau dire et écrire que l’on ne doit rien à personne, que l’on n’est issu de personne, qu’on a inventé Dieu et l’art, jeudi dernier, en buvant un bock : il n’en restera pas moins éternellement vrai que l’on n’invente rien, que l’on peut se perfectionner mais non pas se créer, et que nos esprits ont des pères comme nos corps. De ces pères, de leur œuvre et de leur effort nous sommes nés ; nous vivons de leurs rentes et de leur labeur accumulé : depuis le premier anthropoïde qui mangeait des poissons crus sur le bord de la mer et balbutiait de vagues paroles, jus-