Page:Huret - Enquête sur l’évolution littéraire, 1891.djvu/62

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SAR JOSÉPHIN PÉLADAN


Nîmes, mars 91.


Monsieur,


J’ai publié dans l’Artiste il y a quelques années, la Seconde renaissance française et son Savonarole, étude comparée de romantisme et du… néant qui lui a succédé. J’ai montré la niaiserie d’une formule littéraire empruntée à une phrase de Claude Bernard, et qui, étendue aux beaux-arts, produirait des… ignominies. Doctrinalement, le naturalisme n’a jamais existé : ses hommes, sans exception, présentent unies l’ignorance de l’histoire littéraire à l’inconscience en matière d’abstrait… Ce sont des sans-culottes, c’est-à-dire des incultivés réduits à leur propre tempérament.

Mais s’il est lyrique, le tempérament suffit à produire des œuvres valables : de même qu’un avocat doué s’appuie d’une cause infâme pour plaider pathétiquement. Je vois dans le naturalisme un synchronisme du suffrage universel, et le protagonisme anti-esthétique de la canaille : l’écrivain fait sa cour à la rue, comme jadis au roi.