Page:Huret - Enquête sur l’évolution littéraire, 1891.djvu/98

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M. JEAN MORÉAS[1]


Son premier biographe, Félix Fénéon, le fait naître en avril 1856, ce qui lui donne trente-cinq ans aujourd’hui ; mais, quoiqu’il n’en accuse pas davantage, en effet, plusieurs de ses amis, par malice, soutiennent que depuis 1884 son âge n’a pas changé… Il n’en faut rien croire : Jean Moréas est la tête de Turc du symbolisme ; ses amis, — et ils sont nombreux, le banquet du 2 février dernier paraît l’avoir prouvé, — lui décochent dans les parlottes, et même ailleurs, les traits les plus ingénieusement divers et les plus gaiement perfides. C’est entre eux une émulation touchante qui devient même communicative. Cela tient en ce qu’en somme Jean Moréas est pétri d’une pâte exceptionnelle. Peu de choses l’émeuvent, rien ne l’ébranle. Doué d’une philosophie ultra-méridionale et d’un aplomb moral qui déconcerte, il promène depuis sept ans, à travers les escarmouches littéraires du quartier Latin, une admirable confiance de Maître, une sérénité et une quiétude apolloniennes.

Quand il a dit, avec son ineffable sourire et le geste rythmique dont il frise perpétuellement sa moustache : « Moi j’ai du talent ! » il devient inutile

  1. Voir Appendice.