Page:Huyghens - Traité de la lumière, Gauthier-Villars, 1920.djvu/8

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On y verra de ces sortes de démonstrations, qui ne produisent pas une certitude aussi grande que celles de géométrie, et qui même en diffèrent beaucoup, puisque au lieu que les géomètres prouvent leurs propositions par des principes certains et incontestables, ici les principes se vérifient par les conclusions qu’on en tire ; la nature de ces choses ne souffrant pas que cela se fasse autrement. Il est possible toutefois d’y arriver à un degré de vraisemblance, qui bien souvent ne cède guère à une évidence entière. Savoir lorsque les choses, qu’on a démontrées par ces principes supposés, se rapportent parfaitement aux phénomènes que l’expérience a fait remarquer ; surtout quand il y en a grand nombre, et encore principalement quand on se forme et prévoit des phénomènes nouveaux, qui doivent suivre des hypothèses qu’on emploie, et qu’on trouve qu’en cela l’effet répond à notre attente. Que si toutes ces preuves de la vraisemblance se rencontrent dans ce que je me suis proposé de traiter, comme il me semble qu’elles font, ce doit être une bien grande confirmation du succès de ma recherche, et il se peut malaisément que les choses ne soient à peu près comme je les représente. Je veux donc croire que ceux qui aiment à connaître les causes, et qui savent admirer la merveille de la lumière, trouveront quelque satisfaction dans ces diverses spéculations qui la regardent, et dans la nouvelle explication de son insigne propriété, qui fait le principal fondement de la construction de nos yeux, et de ces grandes inventions qui en étendent si fort l’usage. J’espère aussi qu’il y en aura qui, en suivant ces commencements, pénétreront plus avant toute cette matière que je n’ai su faire, puisqu’il s’en faut de beaucoup qu’elle ne soit épuisée. Cela paraît par les endroits que j’ai marqués, où je laisse des difficultés sans les résoudre ; et encore plus par les choses que je n’ai point touchées du tout, comme sont les corps luisants de plusieurs sortes, et tout ce qui regarde les couleurs ; en quoi personne jusqu’ici ne peut se vanter d’avoir réussi. Enfin il reste bien plus à chercher touchant la nature de la lumière, que je ne prétends d’en avoir découvert, et je devrai beaucoup de retour à celui qui pourra suppléer à ce qui me manque ici de connaissance.


À la Haye, le 8 janvier 1690.


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