Page:Huysmans - A Rebours, Crès, 1922.djvu/155

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aperçut, tout à coup, une porte d’estaminet, à persiennes peintes en vert, sans loquet, la poussa, prit son élan et s’arrêta.

Devant lui, au milieu d’une vaste clairière, d’immenses et blancs pierrots faisaient des sauts de lapins, dans des rayons de lune.

Des larmes de découragement lui montèrent aux yeux ; jamais, non, jamais il ne pourrait franchir le seuil de la porte — Je serais écrasé, pensait-il, — et, comme pour justifier ses craintes, la série des pierrots immenses se multipliait ; leurs culbutes emplissaient maintenant tout l’horizon, tout le ciel qu’ils cognaient alternativement, avec leurs pieds et avec leurs têtes.

Alors les pas du cheval s’arrêtèrent. Il était là, derrière une lucarne ronde, dans le couloir ; plus mort que vif, des Esseintes se retourna, vit par l’œil-de-bœuf des oreilles droites, des dents jaunes, des naseaux soufflant deux jets de vapeur qui puaient le phénol.

Il s’affaissa, renonçant à la lutte, à la fuite ; il ferma les yeux pour ne pas apercevoir l’affreux regard de la Syphilis qui pesait sur lui, au travers du mur, qu’il croisait quand même sous ses paupières closes, qu’il sentait glisser sur son échine moite, sur son corps dont les poils se hérissaient dans des mares de sueur froide. Il s’attendait à tout, espérait même pour en finir le coup de grâce ; un siècle, qui dura sans doute une minute, s’écoula ; il rouvrit, en frissonnant, les yeux. Tout s’était évanoui ; sans transition, ainsi que par un