Page:Huysmans - A Rebours, Crès, 1922.djvu/234

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« les choses extraordinaires ne peuvent que se balbutier, » et il balbutiait en effet, déclarant que « la ténèbre sacrée où Rusbrock étend ses ailes d’aigle, est son océan, sa proie, sa gloire, et que les quatre horizons seraient pour lui un vêtement trop étroit ».

Quoi qu’il en fût, des Esseintes se sentait attiré par cet esprit mal équilibré, mais subtil ; la fusion n’avait pu s’accomplir entre l’adroit psychologue et le pieux cuistre, et ces cahots, ces incohérences même constituaient la personnalité de cet homme.

Avec lui, s’était recruté le petit groupe des écrivains qui travaillaient sur le front de bandière du camp clérical. Ils n’appartenaient pas au gros de l’armée, étaient à proprement parler, les batteurs d’estrade d’une Religion qui se défiait des gens de talent, tels que Veuillot, tels que Hello, parce qu’ils ne lui semblaient encore ni assez asservis ni assez plats ; au fond, il lui fallait des soldats qui ne raisonnassent point, des troupes de ces combattants aveugles, de ces médiocres dont Hello parlait avec la rage d’un homme qui a subi leur joug ; aussi le catholicisme s’était-il empressé d’écarter de ses feuilles l’un de ses partisans, un pamphlétaire enragé, qui écrivait une langue tout à la fois exaspérée et précieuse, coquebine et farouche, Léon Bloy, et avait-il jeté à la porte de ses librairies comme un pestiféré et comme un malpropre, un autre écrivain qui s’était pourtant égosillé à célébrer ses louanges, Barbey d’Aurevilly.