Page:Huysmans - La Cathédrale, 1915.djvu/74

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


aucune fortune ; il touche en tout et pour tout un traitement annuel de dix mille francs car il n’y a pas de mense à Chartres et le produit de la taxe des actes de la chancellerie est nul ; dans cette ville sans piété riche, il ne peut attendre aucune aide, et il a à sa charge le jardinier et le concierge ; par économie il est obligé de distraire d’un couvent la cuisinière et la lingère. Ajoutez que, n’ayant pas les moyens d’entretenir des chevaux et de conserver une voiture, il doit louer une berline pour les tournées pastorales. combien croyez-vous donc qu’il lui reste pour vivre, si vous défalquez encore ses aumônes ; allez, il est plus pauvre que vous et moi !

— Mais alors c’est la panne du sacerdoce, un radeau de la Méduse pieux que Chartres !

— Vous l’avez dit, évêque, chanoines, prêtres, tout le monde est dans l’indigence ici.

La sonnette tinta ; et Mme Bavoil introduisit l’abbé Plomb ; Durtal le reconnaissait ; il avait l’air encore plus effaré que de coutume ; il saluait à reculons, paraissait gêné par ses mains qu’il fourra dans ses manches.

Et, au bout d’une demi-heure de conversation, lorsqu’il se sentit plus à l’aise, il s’évada en des sourires et finit par causer ; et Durtal, surpris, constata que l’abbé Gévresin avait raison. Ce prêtre était très intelligent et très instruit et, ce qui plaisait peut-être plus encore, il n’était nullement asservi par ce manque d’éducation, par ces idées étroites, par ces futiles bondieuseries, qui rendent l’accès des ecclésiastiques dans le monde des lettrés, si difficile.