Page:Huysmans - Le Drageoir aux épices, 1921.djvu/66

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s’épanouissait dans ce cadavre. Des lianes de veines jaillissaient de tous côtés, des ramures échevelées fusaient le long du torse, des floraisons d’intestins déployaient leurs violâtres corolles, et de gros bouquets de graisse éclataient tout blancs sur le rouge fouillis des chairs pantelantes.

Le boucher semblait émerveillé par ce spectacle, et près de lui, sur le trottoir, deux vieux paysans avaient appuyé leurs pipes l’une sur l’autre et tiraient de grosses bouffées. Leurs joues s’enflaient comme des ballons et la fumée leur sortait par les narines. Ils aspirèrent une bonne provision d’air froid pour se rafraîchir la bouche, et mirent un petit morceau de papier sur le tabac qui se prit à grésiller et dessina tout flamboyant de capricieuses arabesques sur le papier qui se consumait.