Page:Huysmans - Les Sœurs Vatard, Charpentier, 1880.djvu/146

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truc avait des chances de réussir, son père croyant qu’elle mangeait à l’atelier, la contre-maître qu’elle allait dîner chez son père ; mais depuis quelque temps les commandes faiblissaient dans la brochure et les veillées se faisaient rares.

AÀenvisager la question de tel ou de tel côté, les réunions avec Auguste deviendraient forcément de plus en plus rares, à moins que le jeune homme ne la demandât en mariage et que, suivant ses promesses de ne pas contrarier sa fille, Vatard la laissât libre de se faire épouser par le premier venu ; mais c’était peu probable ; Désirée aurait bien des arguments à faire valoir : jamais un garçon ne lui plairait davantage ; il était le seul homme qui la tentait ; ses yeux la bouleversaient et ses mains quand elles serraient les siennes lui faisaient monter le sang à la tête. — Son père répondrait que le don de piper les femmes avec des clins d’yeux ne constituait pas chez un homme des qualités suffisantes pour faire un bon mari. — Il dirait crûment, entre deux bouffées de pipe : C’est un détestable ouvrier que ton amoureux, c’est un bricoleur et un faignant. Auguste n’était pas un ivrogne, c’est vrai ; lorsqu’une nouvelle bibine s’ouvrait dans le quartier et que le patron, en quête d’une clientèle, annonçait qu’il donnerait