Page:Huysmans - Sainte Lydwine de Schiedam (1912).djvu/82

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des écuelles que l’on avait à peine le loisir de vider à mesure qu’elles débordaient, dans un grand coquemar. Finalement, elle s’évanouit dans un dernier hoquet et ses parents la crurent morte.

Elle reprit cependant connaissance et alors la vie la plus sinistre qui se puisse imaginer commença pour elle ; incapable de s’appuyer sur ses jambes et toujours agitée de ce besoin de changer de place, elle se traîna sur les genoux, rampa sur le ventre, s’accrochant aux escabeaux et aux angles des meubles ; brûlée de fièvre, elle fut obsédée par des goûts maladifs et but l’eau sale ou l’eau tiède qu’elle rencontrait et elle la rejetait, tordue par d’affreux cahots. Trois ans se passèrent de la sorte ; pour parfaire son martyre, elle fut abandonnée par ceux qui venaient encore, de temps en temps, la saluer. L’aspect de ses tortures, ses gémissements et ses cris, le masque horrible de son visage tuméfié par les larmes, mirent les visiteurs en déroute. Sa famille, seule, l’assistait, son père dont la bonté ne se démentit pas, sa mère qui, moins résignée à son sort de garde-malade, s’agaça, et, impatientée de l’entendre toujours geindre, la brusqua.

Le chagrin qu’elle ressentait, en étant déjà si malheureuse, d’être obligée de subir encore des algarades et des reproches aurait sans doute fini par la tuer, si Dieu, qui semblait demeurer jusqu’alors sur l’expectative avec elle, n’était subitement intervenu, lui montrant par un soudain miracle qu’il ne la délaissait point et infligeant, par la même occasion, une leçon de miséricorde à sa mère.