Page:Hyspa - L’Éponge en porcelaine, 1921.djvu/22

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Le veau est pourtant adoré chez beaucoup de peuples. Les Anglais, prétend-on, s’abordent avec cette formule rituelle : Comment allez vô ?

Sa mère, presque toujours d’origine espagnole, lui inculque un français si douteux qu’il n’est pas encore parvenu à se faire comprendre.

Le Veau, messieurs, est un incompris.

Il pleure.

Est-ce au souvenir de Marengo ? Redoute-t-il -le retour de l’Enfant prodigue ? Ou pense-t-il amèrement à sa peau de chagrin, orgueil des reliures futures ? Mystère.

Il pleure.

Pour le calmer on le bourre de fraises et de noix (attention intéressée, car tout cela se retrouve plus tard), on lui offre de la salade, des carottes, de l’oseille et des champignons.

Mais rien ne peut le consoler, et pour mieux pleurer il s’étale sur le gazon, s’affale, s’étire, et ses maîtres disent tristement : « Le cuir ne sera pas cher, cette année. »

Le Veau est donc inconsolable et, nous ne craignons pas de le dire, le Veau est une vallée de larmes, que seul le sommeil parvient à tarir.

Et à ce sujet, ai-je besoin d’affirmer, messieurs, que le Veau dort, et toujours debout ?