Page:Hyspa - L’Éponge en porcelaine, 1921.djvu/65

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Le poisson, à part quelques exceptions, est un animal aquatique.

Cependant, sa conformation ne semble pas le désigner spécialement pour vivre dans l’eau : le poisson n’est pas bâti pour nager.

Privé de bras et de jambes, il lui est impossible de se gratter, et, à plus forte raison, d’accomplir les gestes inhérents à l’exercice de la natation.

Il est inapte.

C’est clair et indéniable.

Mais, de même qu’un ministre, quel qu’il soit, s’adapte toujours à sa fonction quelle qu’elle soit, de même le poisson, s’est adapté à son milieu.

Avec une volonté de fer, avec cette sombre énergie qui puise ses forces dans le désespoir, le poisson, quand il s’est vu dans l’eau, s’est accroché à toutes ses branchies comme à une planche de salut : il à fait entrer l’eau dans les dites branchies, et l’eau est ressortie par ses ouïes. Devançant de la sorte l’expérience bien connue du Chariot hydraulique, le poisson est arrivé à se maintenir et à se mouvoir dans l’eau. Il a évité en même temps de se noyer ; car ce n’est pas avec ces moignons nommés nageoires qu’il aurait pu se tirer d’affaire.

Quoi qu’il en soit, cet animal est totalement dépourvu d’élégance.

Il a une tête en lame de rasoir — sans doute pour mieux fendre l’eau — mais en revanche, il n’a pas de cou. Sa tête est enfoncée dans ses épaules. Quant au reste de son corps, il va toujours en diminuant et finit piteusement… en queue de poisson.

Le poisson a un goût prononcé pour les costumes de carnaval. On en voit fréquemment en maître d’hôtel ; d’autres, en matelote.