Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/303

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D'IBN KHALDOUN. 179

pues, dont l'influence se fait sentir en eux, tandis que la faim con- tribue à produire, chez les animaux du désert, la beauté du corps et des formes.

On reconnaîtra que les mêmes effets ont lieu chez l'homme. Les habitants des régions où l'on vit dans l'aisance et qui abondent en céréales, en troupeaux, en assaisonnements et en fruits, ont, en gé- néral, la réputation d'avoir l'esprit lourd et le corps grossièrement formé. Comparez les Berbers, qui ont du blé et des assaisonnements en abondance, avec les peuples de la même race qui, comme les Mas- mouda, les habitants du Sous et les Ghomara , mènent une vie de pri- vations et se contentent, pour toute nourriture, d'orge ou de dorra. Sous le rapport de l'intelligence et du corps, ceux-ci sont bien su- périeui's aux premiers. Il en est de même des peuples du Maghreb, chez qui, en général, se trouve une abondance de blé et d'assai- p. i6o. sonnements : comparez-les avec les habitants de l'Espagne (musul- mane), qui manquent absolument de beurre, et dont la principale nourriture est le dorra'. Vous trouverez chez ceux-ci une vivacité d'esprit, une légèreté de corps, une aptitude à s'instruire, que l'on chercherait vainement chez les Maghrébins. Le même rapport existe, dans presque tout le Maghreb, entre les habitants de la campagne et ceux des villes. Les citadins ont à leur disposition autant d'assai- sonnements que les campagnards; comme eux, ils vivent dans l'abon- dance, mais ils font subir à leurs aliments des apprêts, une cuisson et un adoucissement par le mélange d'autres ingrédients qui en font disparaître les qualités grossières et en atténuent la consistance. Ils se nourrissent ordinairement de la chair de mouton et de poules; ils ne recherchent pas le beurre , à cause de son goût fade. Cela fait que leurs mets renferment peu de parties humides, et, par suite, n'apportent au corps qu'une très-petite quantité d'humeurs superflues et nuisibles; aussi les corps des habitants des villes sont-ils plus délicats que ceux des habitants de la campagne, dont la vie est plus dure. Il en est de

' Ibn el-Aouwam, dans son grand ou- assez longuement de la culture des di- vrage sur l'agriculture espagnole , traite verses espèces de dorra.

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