Page:Ibn Khaldoun - Prolégomènes, Slane, 1863, tome I.djvu/446

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322 PROLÉGOMÈNES

ont fondé leur autorité; elle n'est exacte qu'à l'égard des dynasties modernes, dont l'autorité est déjà bien établie, et dont le gouverne- ment appartient à une seule famille, babituée depuis longtemps à l'exercice du commandement. Cet auteur n'avait vu que des dynasties 282. tombées en décadence, après avoir épuisé toutes les faveurs de la fortune, et qui s'étaient maintenues d'abord par le dévouement de leurs créatures et de leurs clients, puis en s'appuyant sur des troupes mercenaires. Il n'avait vu que les petits royaumes qui s'étaient formés après la chute des Oméiades, quand les Arabes de l'Espagne avaient perdu le sentiment de leur nationalité, et que chaque gouverneur (de ville et de province) s'était déclaré indépendant. Il avait vécu à Saragosse, sous El-Mostaïn Ibn Houd et El-Modhaffer, fds d'El-Mos- taïn. Or ces princes ne pouvaient pas s'appuyer sur l'esprit national de la race arabe, car ce peuple s'était abimé dans le luxe depuis trois siècles. Torlouchi ne voyait qu'un prince revêtu de l'autorité souve- raine, à l'exclusion des autres membres de la même famille, et une dynastie habituée au commandement depuis l'origine de l'empire , depuis le temps où les derniers restes de l'esprit de tribu existaient encore. L'autorité d'un tel souverain est admise sans contestation tant qu'elle a pour appui un corps de troupes soldées. Cet écrivain a donc parlé d'une manière trop absolue, n'ayant pas pris en con- sidération l'état des choses qui eut lieu pendant le premier éta- blissement de la dynastie. Or une dynastie ne peut se fonder sans le concours d'un peuple animé d'un même esprit. Le lecteur voudra bien prendre en considération le principe que nous venons d'exposer; il y reconnaîtra encore une de ces voies secrètes par lesquelles Dieu dirige sa puissance. Dieu donne la souveraineté à qui il veut.

Des personnages appartenant à une famille royale parviennent quelquefois à foncier un empire sans avoir eu l'appui de leur propre parli.

Cela peut arriver si le parti qui avait soutenu la famille du prince était déjà parvenu à subjuguer un grand nombre de peuples. Dans les

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