Page:Ingres d’après une correspondance inédite, éd. d’Agen, 1909.djvu/80

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Nous avons seulement une maison française [1] amie où nous allons assez souvent passer la soirée, et voilà tout. Si tu avais voulu partager notre sort ici, ou si tu le pouvais, tu pourrais, vivant avec nous, occuper ton temps aux arts, à la musique, dont nous ferions, entre nous, bien souvent des quatuors, car notre ami travaille la quinte ; et nous serions, ainsi, véritablement bien heureux.

Ma bonne femme s’occupe tranquillement de son petit ménage et se trouve très heureuse toujours de moi, et moi d’elle. Mon atelier est fini d’arranger d’hier, prêt à y peindre, et je t’assure que je

  1. L’atelier dont parle Ingres, devait se trouver Via delle Belle Donne où, depuis, un de ses élèves, M. Sturler, habita plusieurs années. Quant à la « maison française amie », n’était-elle pas celle dont parle, en ces termes, un autre élève d’Ingres, M. Amaury Du val, dans son Atelier d’Ingres ? « Notre journée de travail terminée, écrit-t-il au chapitre la Vie à Florence, nous nous réunissions vers six heures à la Trattoria dalla Luna, où nous avions l’habitude de dîner. Ce restaurant était situé dans la rue De Calzaioli, la plus commerçante, mais la plus étroite et la moins élégante des rues de Florence. Elle est devenue, aujourd’hui, une espèce de Rue de la Paix et à fait disparaître, dans son alignement nouveau, notre modeste restaurant. Une petite salle était réservée aux artistes français ; elle pouvait contenir dix à douze convives et, chaque soir, nous nous retrouvions là, tous peintres ou à peu près. Quelques Français, qui n’étaient pas artistes, parvenaient à s’y faire admettre, mais devaient forcément subir des conversations qui roulaient principalement sur les arts, et où les paradoxes les plus étranges étaient avancés avec une grande audace. On y était fort gai et ces dîners modestes, mais excellents, ne dépassaient pas une somme qui paraîtrait incroyable, aujourd’hui Ce que je puis dire, c’est que, si l’un de nous arrivait à dépasser quatre pauls, (le paul valait 55 centimes), on n’était pas loin de lui soupçonner des accointances avec Rothschild. »