Page:Ista - Håre èt hote, 72 contes en 12 fascicules, No 11, 1917.djvu/14

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LXIV.

AU PAS !


Musique en tête, un régiment de bleus gagne le boulevard d’Avroy, pour la grrrande revue annuelle. Tuniques que la brosse n’effleura jamais, chapeaux comiques ou lamentables, rabattus sur les yeux ou enfoncés dans la nuque comme des casquettes, plumets généreusement abandonnés aux mites pendant tout l’hiver, gants que l’on trouverait prodigieusement comique de confier à la blanchisseuse avant la fin des exercices annuels, tout proclame l’inexprimable jemenfichisme qui s’empare de l’homme le plus élégant, le plus soigneux de sa personne en temps ordinaire, dès qu’on l’oblige à porter la risible livrée du guerrier-citoyen.

Malgré le rythme alerte et vigoureux du pas-redoublé que jouent les musiciens, la colonne s’avance, par rangs de quatre, d’une allure plutôt flottante et indécise. Le dernier rang du dernier peloton se distingue entre tous par une démarche hautement fantaisiste ; il a réuni, au mépris de tous les règlements, quatre camarades dont la place fut fixée aux quatre coins du peloton : Bouyote, Crèton, L’Anguille-Fumée et Pîd-d’Hame ; et, malgré les allègres coups de grosse caisse