Page:Ivoi - La Mort de l’Aigle.djvu/148

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les gravures encadrées. Au-dessus de la cheminée, masquée en partie par un globe de verre, qui recouvrait de vieilles épaulettes de laine et une croix de la Légion d’honneur au ruban déteint, une image enluminée était fixée au mur, représentant Napoléon, le front ceint de lauriers, drapé dans le manteau de pourpre. Il hocha rêveusement la tête. Du doigt, il désigna successivement la feuille coloriée… et les épaulettes, en murmurant :

— L’Empereur… le soldat.

Puis avec un mouvement brusque des épaules, le mouvement de l’homme qui veut chasser une pensée importune :

— Allons, général, au travail. Il faut rendre le courage et l’énergie à tes lieutenants.

Ce disant, il tirait de sa redingote grise une carte du pays pliée ; il l’étala sur la table, la considéra un instant, puis à l’aide d’un crayon, il traça un trait suivant la route de Châlons à Vitry et à Saint-Dizier, faisant un crochet sur Brienne et le village de la Rothière, et revenant ensuite sur Troyes.

— Troyes, fit-il encore, est le point important de la toile d’araignée.

Et le crayon se portant alternativement sur les lignes sinueuses figurant les cours de la Seine et de la Marne :

— Une armée de trois cent mille hommes ne peut s’avancer d’un seul bloc. Les alliés se diviseront donc…

De nouveau le crayon glissa sur les rivières :

— La Seine, la Marne, sont bien tentantes. De bonnes routes les bordent. Elles se rapprochent sans cesse pour se réunir aux portes de Paris… Oui, Blücher ira d’un côté, Schwarzenberg de l’autre… Qu’importe de se séparer au départ, puisque chaque jour de marche diminue la distance.

La face de Napoléon s’éclairait d’un large rire :

— C’est la faute qui doit tenter l’esprit de sages généraux, soucieux avant tout d’approvisionner abondamment leurs troupes. Ils la commettront… Ils la commettront sûrement ; car leur vanité les y poussera également. Les Prussiens sont de bien meilleurs soldats que les Russes. Il leur faut entrer à Paris les premiers.

Mais avec une ironie mordante :

— Seulement moi, je serai à Troyes… 50,000 combattants à peine, mais rassemblés dans ma main, ayant, pour attaquer, moitié moins de chemin à faire que mes adversaires pour se secourir…

Et se frottant les mains avec énergie :

— Oui, une victoire à Saint-Dizier, afin de montrer à mes braves que