Page:Ivoi - La Mort de l’Aigle.djvu/285

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CHAPITRE XI

La marche vers Soissons


Au grand trot de leurs chevaux, les deux messagers de l’Empereur couraient à travers la campagne.

L’ennemi était entre eux et la ville qu’ils voulaient atteindre. Ils devaient donc le tourner. Aussi, obliquant à l’est, gagnèrent-ils, à hauteur du bourg de Braisnes, les rives herbeuses de la Vesle, qui, quelques kilomètres plus au nord, se réunit à l’Aisne.

Les jours précédents la pluie détrempait les chemins, mais depuis le matin, la gelée avait repris, raffermissant le sol. Les chevaux marchaient sans fatigue sur la chaussée durcie, et les voyageurs songeaient que, si rien n’arrêtait leur course, ils atteindraient Soissons vers deux heures après minuit.

Suivant la route qui relie Reims à cette dernière cité, ils allaient dans la nuit claire, marquant d’une exclamation chaque kilomètre parcouru.

Le confluent de la Vesle et de l’Aisne fut dépassé. On atteignit Sermoise, ce riant village à cheval sur la large voie, et dont les maisons blanches couvertes de tuiles rouges, dominent la rivière.

Par mesure de précaution, bien que rien ne décelât la présence de l’ennemi, Espérat et son compagnon contournèrent l’agglomération.

Bien leur en prit, car au moment où les dernières habitations restaient en arrière, où tous deux allaient rejoindre la route, une forme noire se dressa subitement devant eux et une voix rude clama :

Halt ! Werda !

D’un même mouvement, tous deux retinrent leurs chevaux.

Wohin gehen Sie ? répéta la voix.

Ces mots, dont la traduction est : Halte ! Qui vive ? Où allez-vous ? ne furent pas compris des Français, mais ils reconnurent sans peine la nationalité de celui qui les avait prononcés.