Page:Ivoi - Le Message du Mikado.djvu/335

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âme et sans pensée, qui s’étonnaient de la voir repousser la recherche du prince. Dans leurs cervelles, atrophiées par le servage atavique, elle leur paraissait seulement refuser un honneur envié par toutes.

Heures moroses, par l’absence de toute communication avec le monde extérieur… Le seul bruit étranger qui parvenait aux oreilles de la jeune fille était le rauquement des fauves, dont la voix sinistre avait salué son arrivée. Ces cris des lions la remplissaient d’un effroi qu’elle ne s’expliquait pas, mais qui la faisait s’enfermer dans son appartement. Là, elle se pelotonnait sur un siège, auprès d’une large fenêtre, et demeurait ainsi, les yeux vagues, regardant sans le voir le spacieux jardin où des arbres fruitiers protégeaient de leur ombre les prairies multicolores formées de fleurs de toutes espèces, mélangées au hasard par le mode horticole des Persans.

Or, un soir que les lions avaient rugi leur terrifiant concert, Sika s’était accoudée tristement à la croisée ; en proie à l’idée fixe, elle ressassait ses pensées noires où, suivant l’expression poétique japonaise, son cœur donnait le vol aux papillons violets de la douleur.

Dans le jardin interdit de la Médressé, dans ce jardin strictement réservé aux femmes, elle avait cru distinguer, entre les buissons, une silhouette d’homme.

Était-ce une hallucination ? Quelle apparence qu’un individu encourût la peine de mort qui punit un tel acte, pour le plaisir médiocre de se glisser sous les arbres du jardin de la Médressé.

Mais elle l’aperçut de nouveau. Le doute n’était plus permis. Et elle murmura, non sans étonnement, tirée de sa préoccupation par l’incident :

— Quel est cet être qui cherche à se dissimuler ? Que signifie cette manœuvre ? Il est étranger, car un serviteur, un familier du palais ne se risquerait pas dans les jardins interdits…

Un espoir imprécis venait de naître en elle.

Elle s’intéressait à présent aux mouvements de l’inconnu. Le personnage, progressant avec cette prudence, ne pouvait être qu’un ennemi du maître cruel qui la retenait prisonnière. Avec une émotion inexplicable, Sika remarqua :