Page:Ivoi - Le Message du Mikado.djvu/367

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regard d’intelligence avec le ramousi Rimgad immobile et muet sur son divan, puis, faisant face à M. le consul général :

— Seigneur, mes parents étaient des nomades errant dans les montagnes de Darius, entre la plaine fertile de Chiraz et le désert salé aux steppes sablonneux. Ta science sait que les nomades découvrent l’avenir dans les lignes de la main, dans le vol des oiseaux, dans le souffle du vent. Les chefs, eux, savent converser avec les âmes amies, à travers la vitre colorée des yeux.

Elle s’était dressée en parlant ; sa main fine, aux ongles délicatement modelés, s’étendait, dominatrice ; elle causait l’impression troublante d’une croyante inspirée.

Et cela ne l’empêchait pas d’apparaître tout à fait charmante, ce qui faisait pénétrer la conviction dans l’esprit du comte Piffenberg.

Elle ne lui laissa pas le temps de se reconnaître, démontrant ainsi qu’une Persane est tout aussi habile tacticienne qu’une coquette d’Europe, et elle continua :

— Voilà pourquoi, moi chétive, j’ai lu sans le vouloir dans ta pensée remarquable, ce que le respect m’eût interdit de faire sciemment.

Le dindon atavique se gonflait de plus en plus chez le diplomate. Il gloussa :

— Ne te perds pas en circonlocutions, jolie mademoiselle Tabriz. Dis ce que tu as vu. Si tu ne t’es pas trompée, je l’avouerai franchement.

Il ne surprit pas la flamme ironique qui dansa une seconde dans les prunelles de la jeune indigène. Au surplus, celle-ci reprenait avec une affectation de respect dévotieux :

— Voici donc, seigneur à la vaste et divine intelligence… Mais permets que je te parle à l’oreille. Le mystère de ton esprit supérieur ne doit pas être révélé à haute voix, car on ne sait jamais si les murs ne cachent pas un espion.

Elle s’était levée, et ses mains délicates, d’un modèle très pur, se posaient sur la table-bureau, tandis que son corps souple s’infléchissait en avant, amenant ses lèvres à hauteur du lobe auriculaire du diplomate.