Page:Ivoi - Le Message du Mikado.djvu/368

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Elle chuchota un instant, ses frisons bruns chatouillant le bout du nez de Piffenberg. Sur les traits du fonctionnaire se succédèrent la surprise, l’ahurissement, le plaisir, le triomphe.

D’un organe retentissant, il ponctua le discours par cette exclamation :

— Ah ! mademoiselle Tabriz, tu as lu mes pensées mieux que moi-même ; je le déclare : bien mieux. Aussi je veux que tout se passe comme tu l’as exprimé. Et je t’invite, ainsi que ton camarade, à assister à la scène. Ce sera la récompense, la juste récompense de ta clairvoyance…

Et, tout en pressant le bouton de la sonnette d’appel, il poursuivait, exultant :

— Clairvoyance admirable, incroyable… Certes, tout cela était dans mon cerveau, puisque tu l’y as lu ; mais, ajouta-t-il entre ses dents, de façon que les assistants ne pussent discerner ses paroles, mais le diable me transforme en potage Liebig si je m’en serais douté tout seul.

Frantz parut dans l’encadrement de la porte.

— Frantz, prenez douze gardes du consulat avec leurs bâtons de promenade [1] : rendez-vous au caravansérail des Turbans-Verts. Vous vous ferez conduire au pavillon n° 7, dont vous inviterez les habitants, le général japonais Uko, sa fille et deux Francs qui les accompagnent, à me faire l’honneur de vous suivre au consulat Je veux que les étrangers de haute naissance assistent aux essais de notre aéroplane nouveau modèle, presque un aérobus. Ainsi leur marquerai-je ma haute considération.

Mlle Tabriz et même le ramousi Rimgad approuvaient du geste. Et Frantz, s’étant précipité au dehors avec une hâte décelant son zèle, la gentille indigène murmura :

— Loué soit Ali, continuateur de Mahomet, l’Inspiré d’Allah, puisqu’il permet à sa servante d’apporter, au trois fois noble comte Piffenberg, la récom-

  1. Le dignitaire qui sort, doit être en palanquin, en voiture, ou en chaise à porteurs. De plus, il doit être précédé, de serviteurs armés de bâtons dont ils se servent sans ménagements pour frayer un passage à leur maître. Faute de cela, on passe aux yeux du peuple pour un homme de peu.