Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/107

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHAPITRE XII

Où la défunte Raucourt est embauchée contre Napoléon


Il y avait à peine une heure que Sa Majesté s’était traînée jusqu’à son balcon. Étendu sur une chaise longue, deux valets oignant ses jambes nues, gonflées de goutte, le roi pestait contre la noblesse, le peuple et le clergé, qui ne pouvaient se résoudre à le laisser tranquille. On l’avait obligé à un effort, à présent il l’expiait par une recrudescence de douleurs.

Cependant la friction à l’onguent engourdissait peu à peu le mal. Des bandes de flanelle, d’ouate, imprégnées de solutions aromatiques, s’enroulèrent de nouveau autour des membres. Puis le roi congédia ses serviteurs et reprenant son Horace, essaya d’oublier la goutte dans la lecture de son auteur favori.

Dodelinant de la tête, avec un plaisir indiscutable, il lisait, scandant les vers, l’épode In Inimicum à un ennemi, à un détracteur :

— Quid immerentes hospiles vexas, canis
Ignavus adversum lupos ?
Quin huc inanes, si potes, vertis minas,
Et me remorsurum petis ?

— Dire, murmura-t-il pensif, que cette apostrophe, adressée par Horace à un adversaire, je pourrais l’appliquer à mes amis, aux plus fermes soutiens de mon trône.