Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/154

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installation et revenir ensuite sur le continent, en laissant à l’Empereur le souvenir d’un homme courtois et pitoyable ; le second pour s’établir à Porto-Ferrajo et être l’espion inquiet du grand homme.

Dans la petite capitale de l’île d’Elbe, la joie régnait.

Pour le peuple elbois, c’était une bonne fortune inespérée d’avoir comme prince l’homme de génie dont la Renommée avait entretenu l’univers.

En hâte, on préparait ses appartements à l’hôtel de ville, qui devait être son habitation provisoire.

Pons de l’Hérault, devenu, par la protection de Lacépède, directeur des mines de l’île, se démenait, promenant partout sa face imberbe et bourgeoise, ses yeux vifs embusqués derrière ses lunettes.

Il s’était préoccupé, lui, le républicain intransigeant, et ce seul signe démontre la griserie des cerveaux elbois, il s’était préoccupé de créer un drapeau, de doter le nouveau royaume d’un pavillon.

À bord de l’Undaunted, l’Empereur avait eu la même idée. En principe, il avait voulu que son drapeau fût blanc, avec une diagonale rouge semée d’abeilles bleues ; mais le colonel Campbell lui fit observer que ces couleurs rappelaient celles du drapeau tricolore renversé avec sa personne, et que l’Europe ne permettrait jamais pareille chose.

Comme ils en avaient peur de ces trois couleurs, comme ils cherchaient à en effacer le souvenir ; et comme la France doit chérir un emblème contre lequel s’acharne toute l’Europe !

Napoléon céda. Les abeilles bleues furent remplacées par des abeilles d’or.

Le 3 mai 1814, la frégate Undaunted mouillait dans le port de Porto-Ferrajo.

Le général Drouot descendit à terre et prit possession de l’île, au nom de l’Empereur.

En foi de quoi fut signé l’acte suivant :

« Aujourd’hui, 3 mai 1814, en présence de M. Klam, chambellan de S. M. l’Empereur d’Autriche, major et aide-de-camp du maréchal de Schwartzemberg, chevalier de l’ordre bavarois de Maximilien-Joseph, et de M. Hasting, lieutenant au service de Sa Majesté Britannique, sur la frégate l’Undaunted, désignés par MM. les commissaires des Puissances Alliées, pour être présents à la prise de possession de l’île d’Elbe par S. M. l’Empereur Napoléon ;

« Nous, baron Dalesme, gouverneur de ladite île, en vertu des ordres qui nous ont été adressés par S. E. le comte Dupont, ministre de la