Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/162

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adressait à son gouvernement. Ainsi qu’on le voit, l’agent anglais préludait à la campagne de mensonges, de basses calomnies, grâce à laquelle on se flattait de ternir la gloire de Napoléon et d’effacer en même temps la renommée du pays de France.

De même que chaque jour, Mme Lætitia embrassa son fils tendrement, puis elle se prit à lui recommander des Corses. C’était la manie de Madame Mère. Elle aurait voulu que ses compatriotes tinssent tous les emplois. Mais avec une douce fermeté, l’Empereur éluda les demandes de Mme Lætitia et quitta la vieille femme, en la laissant ravie bien qu’il ne lui eût rien accordé.

À la porte, il trouva le général Drouot.

Lourd de taille, le visage d’un paysan, mais les yeux clairs, l’esprit droit, le cœur noble entre tous, le général, dont le pur dévouement était la consolation et l’orgueil du proscrit, venait annoncer à ce dernier que les chevaux attendaient à la Porte de Terre.

— Alors, mon vieil ami, en selle, nous irons à Saint-Cloud [1], et de là à l’ermitage de Monte Serrato.

Mais son visage se contracta.

Il venait d’apercevoir le colonel Campbell, qui arpentait la chaussée, sans paraître remarquer sa présence.

— Encore cet homme, murmura-t-il.

Drouot suivit la direction de ses regards :

— Ah ! l’espion anglais, fit-il avec bonhomie. Voulez-vous que j’aille le prier d’aller se promener ailleurs.

Il y avait dans les yeux du général une petite flamme que ses adversaires connaissaient bien. Quand elle brillait, on savait ce que cela signifiait. Sans élever la voix, sans cris, Drouot eût alors jeté un importun par la fenêtre.

L’Empereur sourit. Sa main saisit le bras de son compagnon.

— Non, non, tâchons seulement de dépister ce policier de Saint-Georges. Viens, mon bon ami, une promenade sur les remparts nous en débarrassera peut-être.

Gaiement, tel un collégien préparant une niche à son professeur, Napoléon entraîna Drouot dans la direction des remparts.

Quelques minutes plus tard, tous deux circulaient sur le chemin de ronde et parvenaient à l’endroit, où les retranchements étaient percés par la Porte de Mer.

  1. L’Empereur et son entourage appelaient ainsi le domaine de San Martino, situé au centre de l’Île d’Elbe et dont Napoléon avait l’ait l’acquisition.