Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/180

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Et avec la tendresse délicate des mères, sans permettre à Napoléon de l’interroger encore, elle enlaça son fils ; sous ses baisers, elle le réveilla sans secousse.

— Maman, murmura le petit d’une voix ensommeillée.

— Oui, maman mon chéri, mais aussi l’Empereur.

— Poléon, gazouilla le bambin ?

L’Empereur frissonna jusqu’aux moelles.

Un seul être au monde l’avait appelé ainsi.

Et cet être était né de son sang, cet être était fait de son âme. C’était son fils, c’était le roi de Rome, c’était François, Napoléon.

— Poléon, redit-il d’un ton rauque.

Le petit eut peur, mais sa mère le regarda, lui adressa un signe, et l’héritier des Walewski, subitement rassuré, se dressa debout sur le fauteuil ; puis, avec un salut militaire très décidé, il lança :

— Salut à Poléon, Empereur !

L’exilé se voila les yeux de ses mains.

Il y avait dans cette soudaine personnification d’une pensée, toujours présente en lui, une immense torture et une immense extase.

La comtesse avait suivi tous ses mouvements. Elle approuva d’un geste satisfait, et se penchant à l’oreille de l’enfant, debout en face de Napoléon.

— Chéri, dis-lui ce que maman t’a appris en chemin. Dis-le lui et ta mère te bénira.

— Pourquoi pas vous, maman ? bégaya le bambin quelque peu effarouché par l’attitude de Napoléon.