Page:Ivoi - Les Cinquante.djvu/194

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Un instant, le colonel garda le silence. Il réfléchissait. Soudain, il reprit :

— Vous êtes intelligent ?

— Je l’espère, Milord.

— Et moi, j’en suis sûr.

Espérat s’inclina, tandis qu’une flamme ironique passait, fugitive, dans ses yeux.

— Vous avez dû chercher le pourquoi de ce départ ?

— Ça, je l’avoue.

— Et que pensez-vous ?

— Ma foi, Milord. Le matin, il n’était pas question de déplacement. Après le déjeuner, Mme la baronne s’est promenée longuement avec M. de Talleyrand.

— Avec M. de Talleyrand ?

— Oui, et aussi, avec les délégués de Prusse et d’Angleterre.

— Ah !

— Or, aussitôt après, elle nous a ordonné de boucler nos portemanteaux. Si bien que je crois que l’idée du voyage lui est venue durant sa promenade.

Campbell puisa dans sa poche et fit glisser plusieurs souverains dans la main du faux serviteur.

— Écoutez, mon garçon, j’en aurai autant à votre service, quand vous aurez rapporté mes paroles à votre maîtresse.

— Je les rapporterai, Milord, plaisanta Espérat, et elles me rapporteront ce que vous voulez bien me promettre.

— Vous lui direz que je…

Il s’interrompit :

— Mieux que cela, je vais lui écrire. Vous remettrez la lettre ?

— Est-ce payé du même prix que les paroles, Milord ?

— Certainement.

— Alors, je remettrai la lettre. L’Empereur n’a pas défendu cela. Le colonel alla à sa voiture, sans remarquer le sourire énigmatique du jeune homme. Dans le coffre, il prit papier, enveloppe, encrier portatif, et se mita écrire.